Et rien n’a changé. C’est l’évident constat que je fais de cette soirée pas comme les autres. Ce soir j’ai revu Anaïs. Anaïs c’est pas n’importe qui, c’est ma meilleure copine de vacances, et c’est rien de le dire. On s’est rencontrées quand on avait 11 ans, sur les rochers de la plage de la Gaillarde aux Issambres. On pêchait, oui parce qu’à l’époque on s’intéressait plus aux poissons qu’aux garçons (mais ça n’a pas duré bien longtemps), j’avais besoin d’aide pour attraper un petit crabe ou une mini crevette je ne me souviens plus très bien. Elle était sur le rocher d’à côté et d’un regard elle m’a tendu sa pelle bleue, et on a continué a “pêcher” ensemble jusque tard dans l’après-midi, partageant notre butin. On est rentrées manger chez nous, en découvrant qu’on habitait la même résidence on s’est données rendez-vous à 21h aux jeux d’enfants. A 21h tapante nous y étions toutes les deux.
Nous avons marché jusqu’à la plage, nous nous sommes installées sur des rochers face à la mer, et là pendant plusieurs heures on a parlé, on s’est tout raconté, on se battait presque pour parler, pour devancer l’autre car à chaque fois on écoutait en se disant “mais moi aussi !”… On a pas vu le temps passé, on est rentrées bien après la permission de dix heures et demie mais on était tout sourire alors que nos parents respectifs nous engueulaient pour les avoir bien inquiétés. Cette nuit là on s’est découvert mille et un points communs, pourtant on ne venait ni de la même région, ni du même niveau social. On avait pas vraiment les mêmes fréquentations, mais on se comprenait mieux que n’importe qui. On se ressemblait, mentalement, on partageait le même point de vue sur beaucoup de choses, physiquement, on faisait la même taille, le même poids, on était toutes les deux blondes aux yeux bleux, et autres futilités : on avait pour passions communes Hello Kitty, les bracelets de perle, les kickers et on aimait beaucoup les chats aussi… On a grandi ensemble, été après été, attendant impatiemment de se retrouver tout le reste de l’année, et de retrouver nos copains de la plage aussi qui tenaient une place primordiale dans nos sujets de discussions.
En attendant de se revoir, on s’écrivait une à trois lettres par mois, avec des stickers, des dessins, du papier à lettre ou des cartes postales toujours choisis avec soin. J’ai encore une deux boîtes à Kickers rempli de toutes ces lettres, soigneusement rangées et archivées par date. On se confiait tout, nos correspondances étaient organisées tel des horoscopes, chaque paragraphe correspondait à une catégorie : école, amis, famille et bien entendu amour. Ainsi quand on se retrouvait on ne perdait pas trop de temps à se raconter des banalités, nous savions déjà presque tout de la vie de l’autre. On pouvait alors d’entrée de jeux enfiler nos nouveaux maillots, s’installer près du terrain de beach volley ou de la grande piscine et guetter les garçons qui seraient nos nouveaux compagnons ou amoureux de vacances… C’est comme ça qu’on a connu Tristan, Polo, Hugo, Maxime, Pierro, Félix, Bruno, Adrien et bien d’autres dont on a un peu de mal à se souvenirs les prénoms… Années après années on a fait les 400 coups ensemble, et à la fin de chaque été on se séparaient le coeur bien lourd. Nous savions que pour se recroiser c’était pas gagné : il fallait négocier avec nos parents pour qu’ils prennent les mêmes semaines de vacances à la Toussaint, à Pâques (étant de zones scolaires différentes) et puis l’été bien sûr. Ça a duré comme ça jusqu’à la fin du lycée, jusqu’à notre majorité.
Ce soir, 5 ans après on s’est données rendez-vous à 19h30 sur l’île de la Cité, en plein coeur de Paris, à mi-chemin entre chez elle et chez moi. Elle m’attendait, elle souriait, la même silhouette, la même fossette, j’avais l’impression de ne jamais l’avoir perdue de vue. Ce sont nos études qui nous ont séparées, elle a fait une prépa, moi je travaillais à côté de la fac et je n’avais plus de vacances, on ne s’est plus trop données de nouvelles, même si le 24 février et le 03 août (jours de nos anniversaires) restés des dates chers à nos coeurs. Depuis deux ans on avait l’impression d’être à nouveau un peu moins loin grâce à Facebook, c’est comme ça qu’on a vraiment repris contact, en voyant qu’on habitait toutes les deux Paris.
Ce soir, on s’est retrouvées, et RIEN n’avait changé. On se parlait à nouveau comme si on se connaissait mieux que personne, sans avoir peur de se décevoir, on s’est racontées nos réussites, nos échecs, nos amours, nos doutes. On s’est souvenues aussi… Encore une fois, les points communs sont là, l’impression commune de vivre dans une ville trop grande pour nous, la volonté de rejoindre les nôtres quand on aura fini ce que l’on a à accomplir ici, nos passions pour les animaux, la culture et le shopping, nos frustrations d’étudiantes, et surtout après quelques années de galère on en est toutes les deux au même point : notre dernière année d’étude. On s’est avouées s’être changées juste avant de venir, et avoir un noeud au ventre en se rejoignant. Quand on s’est quittées au métro de Chatelet, Anaïs avait les larmes aux yeux, ce qui m’a rappelé immédiatement toutes celles qui ont coulé quand on se séparait enfants, je passais souvent la moitié du voyage à pleurer sur l’autoroute, avant de m’endormir, inconsolable. On s’est promis de se revoir très vite, la date est fixée, autant que le sourire qui ne quitte plus mes joues depuis que je suis rentrée…
Je me rappelle du “friends 4 ever” qu’on écrivait un peu partout : sur les lettres qu’on s’envoyait, sur des petits galets qu’on gardait en souvenir, et même sur le trèfle à quatre feuille qui ornait mon porte feuille. Aujourd’hui plus que jamais il prend sens.







Jennifer, curieuse, attachante, enjouée.
Victor, beau, grand et fort. Mais aussi créatif web dans agence de comm'. Blog sans texte sur 
La phrase de fin tue ! : “Aujourd’hui plus que jamais il prend sens.”
wow, ça a fait boom dans ma poitrine !
Belle histoire
wouaa stro meugnon
Mignon tout plein cette histoire, très émouvant
Waouh ! Sublime article ! Merci !
Je ne sais trop quoi dire si ce n’est que je trouve cette histoire très belle, et que je reprendrais bien le “wouaa stro meugnon
” de @Frexgraph… :$
3 mots : Magnifique. Émouvant. Amitié.
Tu m’as fait pleurer vilaine!!!
Vivement fin octobre…
Anaïs
[...] me la rabâchaient 30 fois par jour, désarmés devant ma naïveté de gamine (n’est ce pas Anaïs) ! Mais revenons-en à nos [...]
Ce que j’aime bien dans l’écriture, c’est quand on a l’impression d’avoir vécu l’histoire avec le narateur! Et là j’y étais trop: les plages, l’aire de jeux… Alors que je suis sur la ligne 8. C’est magique, c’est chouette, c’est coooool!