Connectés en permanence les uns aux autres, bercés dans un liquide amniotique numérique où les notions de distance et de temps sont abolies, nous plongeons avec délice dans le grand bain communautaire, surfant sur MSN, s’immergeant de Facebook, s’aspergeant de SMS.

Télérama n°3074 décembre 2008

Comme vous l’appreniez dans mon précédent billet j’ai troqué mon abonnement aux Inrocks contre celui de Télérama depuis la rentrée, du coup tous les mercredis je reçois mon petit magazine riche en culture des classes sociales les plus enviées. Je regrettais un peu ce choix, parce qu’ adieu les samplers avec THE bonne découverte, et le célèbre “ça va ça vient” inévitable pour savoir ce qui est complètement dépassé et ce qui va faire un malheur de hypitude. Bref, on s’en fiche, ça c’était avant mercredi dernier.

Mercredi dernier vers 10 heures du matin la concierge passe sous la porte le dit magazine, et je découvre avec bonheur, en me levant, la couverture : La vie numérique, notre enquête. J’ai dévoré ces pages que je vous recommande même si l’on apprend rien que l’on ne sache déjà. Toutefois je trouve que ces 5 pages dressent un constat intéressant et sont un excellent support pour mettre en ordre quelques idées qui traînent dans ma tête en ce moment. Je m’interroge tout particulièrement sur ce que l’aspect ultra social de nos nouveaux moyens de communications  change dans nos rapports sociaux. 

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Révolution numérique il y a bien eu entre ces dix ans qui m’éloigne de ma Game Boy Color, et révolution sociale sommes nous bien en train de vivre : ma mère s’est inscrit sur Meetic, ma petite soeur n’arrive pas à décoller de sa Nintendo DS (Double Screen) et se joue du contrôle parentale qu’elle maîtrise mieux que mes parents, mon coloc organise des soirées Wii ou Xbox 360, tandis que mes meilleurs amis jouent à Guitar Héro lors de nos soirées entre potos, tout en consultant leur mails sur leur iPhone. Le matin je prends le métro entourée de baladeurs MP3 et de Blackberry, et dans le TGV si j’ai oublié mon Macbook, on me propose une PSP pour m’évader et oublier les mômes qui braillent à côté grâce aux écouteurs intégrés.

Multiplication et importance des écrans 

Télés, ordinateurs, consoles de jeux, téléphones portables, web cam,… les écrans se sont multipliés et dans nos maisons et dans nos poches ou sacs à mains, prenant une importance capitale dans l’organisation de l’espace. On pensait le salon suivant la place de la télé, aujourd’hui c’est l’ordinateur devenu personnel qui organise chaque pièce de la maison ou presque. Normal quand on passe la moitié de la journée sur un écran qu’il soit idéalement situé, ou prêt à nous suivre dans tous nos déplacements. On le sait, c’est prouvé la télé est délaissée, autrefois média identitaire, elle devient le média d’accompagnement  volant presque son rôle à la radio, se regardant ou s’écoutant en image ou bruit de fond. Chez moi la télé sert uniquement à regarder des DVD ou à jouer à l’une des consoles à laquelle elle est reliée, on met éventuellement MTV si on veut créer une ambiance un peu groovy avec des amis. 

Le plus populaire de ces écrans est sans nul doute le téléphone portable, cet outil magique, véritable prolongation du corps humain. Il est devenu aussi important que les clés dans la petite liste de choses vitales à ne pas oublier le matin en claquant la porte, la carte sim a remplacé le répertoire, le mobile nous connecte à qui l’on veut quand on veut, et nous joue nos titres préférés avec ou sans écouteurs, parfois même il adopte le rôle de la Nintendo pour faire passer le temps. Grâce à lui on nous joint à n’importe quel moment, nous sommes tout le temps disponible, et ce pour chacune de nos sphères sociales, interactions comprises. Maman m’appelle au travail, le boulot m’appelle quand je suis en cours, et mon petit copain ne comprend pas pourquoi je ne réponds pas quand je suis dans mon bain. Les frontières s’estompent, les exigences dues à l’instantanéité des ces nouveaux modes de communication (appels, sms, mail) forme une pression qui nous oblige à être réactif, on a manqué un appel : il faut rappeler qu’on en ai l’envie ou pas. C’est le prix à payer pour avoir le monde à disposition bien rangé dans sa poche, en illimité et quasi gratuitement. L’illimité et le gratuit, les deux mots clés des stratégies marketing que l’on exige de nos opérateurs, marchands de rêves. 

Modification des relations sociales

La particularité de ces écrans c’est qu’ils sont partout, tout le temps, et qu’ils interagissent donc avec toutes nos sphères sociales. Je pense que la sphère sociale qui subit le plus de transformations est celle de la famille. Aujourd’hui les parents se battent pour que les portables soient en silencieux pendant les repas, luttent pour décrocher les ados de MSN pour qu’ils aillent se coucher, et cachent les DS et autre PSP pendant les devoirs, cela devient une guerre de tous les instants. Le réel problème c’est que les experts de ces nouveaux domaines sont les plus jeunes, ce qui pose le problème de l’autorité parentale et de la hiérarchie des rapports familiaux. Les écrans ont aujourd’hui des couleurs, de la conversation et de l’imagination ce qui est bien plus attirant qu’un dîner ou une sortie en famille. Difficile pour les parents de rivaliser et donner l’envie aux enfants de partager quelque chose avec eux. Les écrans aussi formidables soient-ils créent de nos nouvelles tensions au sein de la famille ou du couple, notamment par l’ouverture qu’il donne sur un monde parfait et choisi, véritable échappatoire doré. Je n’ai volontairement pas parlé des aspects très positifs que permet cette multiplication d’écrans puisque je pense qu’on les connaît tous pour en être tous consommateurs, ce qui m’intéresse là c’est les problèmes inattendus que soulève ce nouveau mode de consommation des relations sociales.

“Les écrans créent souvent des engueulades tout sauf virtuelles. A la maison, c’est souvent la guerre : on s’écharpe, on fait une trêve, on signe des Yalta numériques, sporadiquement renégociés, inévitablement transgresses. Côté enfants, on planque, on biaise, on tente… le portable sous l’oreiller, la DS dans les toilettes. Côté parents on élabore des stratégies graduées. Suspendre, limiter, surveiller, occuper le terrain numérique, faire diversion, confisquer, capituler…”

Rencontres et jeux amoureux

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Avant pour créer des liens sociaux on allait en ville, au marché, au tabac et à l’épicier du coin, on se disait bonjour, on comptait sur le hasard des rencontres impromptues. Aujourd’hui on prévoit tout, on ne perd pas de temps, et l’on rencontre des gens comme nous, on les sélectionne suivant leur type de restaurants favoris et leur préférence sexuelle, tout en sachant s’ils fument et s’ils ont des animaux de compagnie. On pense éviter les mauvaises surprises, et puis déjà à moitié séduit on vérifie par la rencontre In Real Life. Je caricature très grossièrement, mais avouez qu’on est pas tout à fait loin de la réalité. Mes potes rencontrent leur plans-cul sur Facebook, Myspace et se transforment en vulgaire marchandise sur adopteunmec.com, même plus la peine de mouiller leur chemise sur le dance floor. Qui pense encore trouver le grand amour en discothèque ? Combien espère en revanche trouver l’âme soeur en cliquant de profil en profil et en rentrant un nouveau compte sur MSN ? Et même si la rencontre IRL passe en premier, combien sommes nous à ajouter quelqu’un sur un réseau social ou à Googler cette personne que l’on vient de rencontrer dans le but d’en apprendre un peu plus ? 

 

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